Profession comptable : quelles vont être les futures technologies incontournables ?

Publié dansInnest

La révolution du chiffre est déjà en marche. Les startups de l’AccounTech rivalisent d’ingéniosité pour proposer aux professionnels de la comptabilité des solutions digitales qui viennent optimiser leur temps et booster leurs compétences. Big data, automatisation, dématérialisation, SaaS, intelligence artificielle, blockchain… autant de termes techniques qui s’invitent dans la discussion. Ok, mais concrètement, où en est-on ? Quelles sont les technologies dont la profession dispose déjà ? Et quelles sont celles qui vont s’imposer dans les prochaines années ? Cyril Degrilart, expert-comptable et membre du Comité scientifique du LAB50 Observatoire de la profession d’expertise comptable et de commissariat aux comptes, nous apporte quelques éléments de réponse.

Technologie et comptabilité : bref état des lieux

En matière de comptabilité, la volonté d’automatiser dans une approche par cycles est une réalité depuis de nombreuses années. Récupération des flux, intégration automatique des achats et ventes, suivi de trésorerie, une grande partie de la production comptable des entreprises se tient déjà de manière robotisée grâce à plusieurs technologies qui s’imposent dans l’écosystème :

  • l’automatisation robotique (Robotic Process Automation – RPA) : il s’agit d’un robot qui se connecte sur des plateformes pour récupérer les flux. Il va traiter les données et les transformer en comptabilité pour les restituer dans un logiciel comptable. Si l’on prend l’exemple d’une application bancaire, la RPA va collecter les flux bancaires, affecter les dépenses et leur attribuer un numéro de compte comptable pour qu’ils puissent être intégrés au bilan. Un bon moyen de gagner du temps et de minimiser les erreurs ! Qui dit automatisation dit nécessairement contrôle par l’humain. L’audit des flux peut donc ensuite être optimisé par des logiciels de RAO (révision assistée par ordinateur).
  • la reconnaissance de caractères (Optical Character Recognition – OCR) : ou comment digitaliser automatiquement toutes les factures papiers. La technologie de reconnaissance de caractères fonctionne comme un scanner intelligent. Elle peut identifier un numéro de client, un montant, un libellé… et les intégrer directement dans la comptabilité. Si l’arrivée prochaine de la facture électronique obligatoire risque de limiter ses usages, elle restera utile pour tous autres les flux papiers encore existants (notes de frais, tickets restaurant, etc.).
  • l’intelligence artificielle (IA) : dans les métiers du chiffre, l’intelligence artificielle n’a pas dit son dernier mot. Certaines technologies reposent déjà sur ce principe d’algorithme apprenant. La RPA par exemple est une utilisation de l’IA. A l’avenir, les comptables et experts-comptables pourront s’appuyer sur des outils intelligents capables d’échanger en réseau avec ceux des clients, de l’administration fiscale… La digitalisation de la profession n’en est qu’à ses débuts !

L’automatisation dans une approche par les cycles et le traitement numérique à grande échelle des données comptables ne sont que la première étape de la transition numérique. Ne nous arrêtons pas là, d’autres technologies sont sur le point de devenir incontournables sur le marché.

Lire entre les chiffres

Une fois que tous les flux de tous les cycles auront pu être automatisés, il sera temps de passer aux choses sérieuses et d’entériner en profondeur la transition digitale de la profession. Deux grands principes du digital entrent ici en jeu : le big data et la data visualisation.

Demain, non seulement les données comptables d’une entreprise pourront être collectées automatiquement, mais on sera aussi en mesure de comparer et d’analyser ces informations avec celles des autres acteurs du marché, ou même d’un autre marché, dans une logique d’open data. Si l’on prend l’exemple d’un fleuriste, cela permettra de comparer la performance de l’entreprise avec celles d’un marché local ou global.

Demain devrait aussi être l’heure de gloire de la visualisation des données. S’il existe aujourd’hui des outils de visualisations interactives comme Microsoft Power BI, ils sont encore trop peu utilisés dans les métiers du chiffre. Pourquoi ? Tout simplement parce que les données ne sont pas regroupées et donc peu utilisables pour l’analyse prospective. Reprenons l’exemple de notre fleuriste : grâce aux outils numériques de visualisation des données, il sera aussi possible de prévoir et d’anticiper les conséquences d’un événement climatique sur les ventes de telle ou telle marchandise. Ces technologies et outils digitaux viendront soutenir les professionnels du chiffre dans leur capacité à confronter les données financières et non financières avec les informations comptables. Non seulement les prises de décision en seront facilitées, mais les experts-comptables et commissaires aux comptes pourront mettre en place une approche par les risques en temps réel (et non uniquement une fois par an) pour plus de réactivité et d’adaptabilité des entreprises.

Le développement d’outils digitaux toujours plus optimisés offre un nouveau terrain de jeu pour les professionnels du chiffre. Pour l’heure, aucune limite à l’horizon, si ce n’est la potentielle résistance des acteurs du métier et le besoin fort de formation. Une vraie prise de conscience est nécessaire sur ce point : il est temps de se former à une manière de penser différente qui dépasse la technique comptable et fiscale, et rendra toujours plus passionnant le métier d’expert-comptable !